COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Arc Fleuve Vivant, le CIQ du Pont de Béraud, le CIQ Aix Nord-Est, le CIQ des Pinchinats, le CIQ Mazarin.
Aix-en-Provence, le 2 novembre 2026

Canal des Pinchinats : un patrimoine de l’eau à préserver, du vallon jusqu’à l’Arc

Arc Fleuve Vivant, le CIQ des Pinchinats, le CIQ du Pont de Béraud, le CIQ Aix Nord-Est, appellent à mieux connaître et protéger ce béal historique et à prendre en compte son passage dans les projets d’aménagement, notamment avenue Fontenaille.

Discret, parfois souterrain, largement méconnu, le canal des Pinchinats appartient à l’histoire et à la géographie de l’eau d’Aix-en-Provence, dont les usages sont documentés depuis 1185. Ce béal, ancien canal d’arrosage et d’alimentation des moulins, relie le vallon des Pinchinats à la ville et, dans son parcours historique, aux terres des Fenouillères puis à l’Arc.

Arc Fleuve Vivant, avec le CIQ du Pont de Béraud et le CIQ Aix Nord-Est, souhaite attirer l’attention sur cet héritage et sur la nécessité d’en préserver les continuités hydrauliques, les paysages et le potentiel écologique. Cette démarche vise également à engager désormais un inventaire approfondi du tracé, des vestiges et de l’ensemble des ouvrages existants, enfouis ou à ciel ouvert : canaux et ramifications, conduites, maçonneries, bassins, regards, dispositifs de répartition et aménagements associés. Il s’agit de localiser, documenter et comprendre ce réseau dans son ensemble, d’en établir l’état de conservation et le fonctionnement actuel, afin de mieux le préserver et de le prendre en compte dans les projets d’aménagement.

Notre démarche repose sur une conviction commune forte: ce qui disparaît de notre regard ne doit pas disparaître de notre vigilance, ni de notre patrimoine et conserve une utilité. Un canal couvert n’est pas un canal inexistant. Un ouvrage ancien n’est pas nécessairement un ouvrage sans usage. Et l’eau qui traverse une propriété ou un quartier s’inscrit dans une histoire et un fonctionnement qui dépassent les limites de la parcelle.

Une mémoire de l’eau inscrite dans le territoire

Le canal des arrosants des Pinchinats témoigne d’une organisation ancienne du partage de l’eau, au service des cultures, des jardins et des moulins. Son histoire raconte une manière d’habiter le territoire : composer avec la pente, conduire l’eau par gravité, entretenir les ouvrages et organiser les usages entre l’amont et l’aval.

Les recherches documentaires réunies croisent les plans anciens, le cadastre, les photographies aériennes et un constat d’huissier du 10 avril 1976. Ce dernier décrit notamment le passage des eaux sous le Pavillon de Trimond, leur poursuite vers le sud et les transformations apportées à la conduite lors de l’élargissement de l’actuelle avenue Fontenaille. Il signale déjà la sensibilité de cet ouvrage à pente très faible aux modifications de son tracé.

Cette histoire mérite d’être rendue visible, il s’agit d’un bien commun. Le canal ne se résume pas à une conduite : il relie des lieux, des usages, des jardins et des ouvrages qui donnent sens toujours existant au patrimoine aixois.

Retrouver le tracé, connaître les ouvrages, comprendre leurs liens

Nous souhaitons prolonger ce travail documentaire par une connaissance précise du terrain. L’objectif est de retrouver le cheminement du canal et de ses ramifications, de distinguer les différents réseaux hydrauliques et de recenser les ouvrages qui leur sont associés, qu’ils soient encore visibles, transformés ou enfouis.

Maçonneries anciennes, bassins, rigoles, conduites, regards et dispositifs de partage de l’eau doivent être étudiés dans leurs relations les uns avec les autres, et non comme des vestiges isolés. Ce travail doit permettre de distinguer ce qui demeure en fonctionnement, ce qui a été modifié et ce dont le rôle reste à éclaircir.

Nous appelons les collectivités, les services compétents, les propriétaires, les habitants et les personnes détenant des archives, des plans, des photographies ou des témoignages à contribuer à cette connaissance partagée, dans le respect des propriétés et des conditions d’accès aux ouvrages.

Un intérêt écologique à reconnaître et à documenter

Les canaux anciens peuvent également constituer des supports de biodiversité. Dans leurs parties à ciel ouvert, l’eau, les berges, les haies et les arbres riverains peuvent offrir des habitats et des passages entre différents milieux. Ces continuités peuvent contribuer à la trame verte et bleue, ce réseau d’espaces qui permet aux espèces de circuler et d’accomplir leur cycle de vie.

Pour le canal des Pinchinats, cet intérêt doit être étudié à l’échelle de son parcours réel. Les parties ouvertes et végétalisées, les passages couverts et les secteurs transformés ne présentent pas les mêmes fonctions. Nous demandons que la connaissance historique soit complétée par un diagnostic écologique et hydraulique : présence de l’eau, état des ouvrages, végétation associée, habitats et possibilités de restauration.

Il ne s’agit pas d’attribuer sans étude des espèces ou des fonctions à chaque tronçon, mais de poser une question essentielle : que préservons-nous, et que risquons-nous de perdre, lorsque nous intervenons sur ce réseau ?

De l’amont à l’Arc, penser la continuité de l’eau

Le parcours historique du canal conduit les eaux vers les Fenouillères puis vers l’Arc. Il rappelle que le fleuve se comprend aussi à travers les petits chemins de l’eau qui le rejoignent. Le fonctionnement actuel de ces connexions, les débits et les éventuelles interruptions doivent être précisés.

Préserver ce béal, c’est aussi prendre en compte sa contribution à la vie de l’Arc : connaître les eaux qui lui parviennent, veiller à leur qualité et ne pas considérer chaque tronçon comme un ouvrage isolé. La protection du fleuve commence également en amont, dans ces réseaux modestes, parfois oubliés, qui traversent nos quartiers.

Avenue Fontenaille : une vigilance particulière

Notre vigilance concerne tous les projets situés sur le passage du canal ou à proximité. Elle porte notamment sur le projet immobilier du 11 avenue Jean-et-Marcel-Fontenaille, référencé PC 013001 21J0085, pour lequel la compatibilité des ouvrages projetés avec le réseau hydraulique doit être examinée attentivement.

Les éléments documentaires réunis situent le passage restitué du canal dans le secteur concerné. Ils justifient une confrontation précise avec les accès aux stationnements souterrains, les sous-sols, les fondations et les terrassements. Cette localisation documentaire doit être complétée par un relevé de terrain permettant de connaître l’axe et la profondeur de la conduite.

Nous ne préjugeons ni de la légalité des autorisations ni de l’existence d’un dommage. Nous demandons que la compatibilité du projet avec le canal soit démontrée avant toute intervention susceptible de l’affecter, et qu’il en soit de même ailleurs, partout où le cana serait sensé passer.

Connaître avant de transformer, préserver avant de réparer

Arc Fleuve Vivant, avec le CIQ du Pont de Béraud et le CIQ Aix Nord-Est, demandent :

  • un travail approfondi de localisation du tracé et de recensement des vestiges et ouvrages, enfouis ou à ciel ouvert ;
  • la mise à disposition des pièces permettant de comprendre la prise en compte du canal dans les projets concernés ;
  • un relevé précis de la conduite, de ses regards et de ses connexions dans les secteurs exposés aux travaux ;
  • une confrontation en plan et en coupe avec les terrassements et les ouvrages enterrés ;
  • des mesures explicites pour préserver l’écoulement, l’accès et l’entretien du canal ;
  • une étude de ses fonctions écologiques et des possibilités de restauration de ses abords ;
  • une réflexion avec les collectivités, les propriétaires et les usagers sur sa reconnaissance et sa protection durables.

Notre vigilance n’est pas une opposition de principe à l’évolution de la ville. Elle exprime une exigence : aménager en connaissance de cause, sans effacer ce qui fait la richesse et la continuité de notre territoire.

Le canal des Pinchinats est un patrimoine à connaître, un chemin de l’eau à respecter et un lien avec l’Arc à préserver.

Contact presse :


Arc Fleuve Vivant, avec le CIQ du Pont de Béraud et le CIQ Aix Nord-Est, et le CIQ des Pinchinats

Stéphane Salord // Thierry Renard // Eric Lepage // Michèle Magnan