A un mois de la célébration du 80ème anniversaire de la Libération d’Aix les 20 et 21 Aout 1944, nous revenons sur un côté méconnu et original de l’histoire de notre quartier Pont de Béraud.
En 1944, l’église Saint-Jean Marie Vianney, avenue Fontenaille, n’existait pas : c’était encore...un dancing, le dancing du petit Roquefavour, ainsi appelé, comme tout le quartier, en référence à notre petit aqueduc, ou » Petit Roquefavour « , comparé à celui du » Grand Roquefavour » sur l’Arc, à l’ouest d’Aix, construit par le même architecte. Ce lieu de loisir charmant à la campagne, traversé par le Prignon ( ou Baret ) était très prisé des citadins aixois depuis le début du siècle dernier, car il offrait bar, café, lieu de pique-nique et dancing . Mais pendant l’occupation, les bals étaient interdits.
On y organisait aussi des repas de Noces et des banquets, comme on le voit sur la photo ci-dessous.
Les plus anciens du quartier, et même de plus loin, se souviennent d’y avoir dansé l’après-midi au son de véritables orchestres qui animaient aussi d’autres lieux d’Aix ( à la Rotonde, sur le Cours Mirabeau, à Saint-Eutrope…) On y venait à pied ou en car depuis la place des Prêcheurs. Le bal était animé et bien fréquenté selon le souvenir des musiciens.
Liliane B. qui avait la vingtaine au début des années 50, témoigne :
« Habitant Meyrargues, avec mes amies nous prenions le car qui venait de Gap vers 14h30. Nous descendions il me semble, en bas du cours Sextius puis nous reprenions un bus pour le petit Roquefavour. C’était pour nous l’occasion de bien nous habiller : jolie robe, talons hauts, bien coiffées et un peu de rouge à lèvres. On s’asseyait en bas de l’estrade sur les bancs et on attendait d’être invitées. La fréquentation était bonne et on pouvait danser tango, valse, swing, paso doble ou slow. Nous passions ainsi environ deux heures avant de reprendre le dernier car Sumian place Bellegarde. »
Puis, doucement la réputation a mal tourné, et certains parents « venaient rechercher leurs filles avant l’arrivée des marseillais », selon les souvenirs d’une habitante de la traverse de Lucioles aujourd’hui âgée de …103 ans.
Mais en 1944, les Forces américaines en ont fait leur PC, au son du jazz, du Boogie-woogie, et du jitterbug*. C’était la fin de cette histoire joyeuse et festive.
A la fin des années 50 ce local et ses dépendances ont été achetés par le Séminaire.
Monsieur Paul Chovelon, journaliste au Provençal de 1945 à 1982, et au service de la communication du diocèse, a bien décrit cette drôle de transition :
«.Le bal et les soutanes. – Le regretté père Jean Pizoard nous a livré quelques souvenirs de son temps de Grand Séminaire, dans les années 1927-1935 : « Le séminaire possédait une maison de campagne dans le quartier : Heurtebise, après l’aqueduc du petit roc. Tous les mercredis à partir de Pâques les séminaristes passaient la journée dans ce domaine. Ce jour-là la communauté partait de bonne heure du séminaire. Nous faisions l’oraison en chemin, marchant trois par trois et en silence.
Un cortège de soixante soutanes, ça se voit et ça intrigue. A l’aller ça se passait bien, mais nous posions des points d’interrogation aux gens affairés qui allaient à leur travail et que nous croisions. Tant de jeunes silencieux en rangs serrés, et en soutane, comment comprendre ça ?
« Mais le soir c’était tout autre chose. Nous quittions Heurtebise, le souper achevé, vers 21 heures, toujours en rangs serrés …mais pas en silence. En passant devant le dancing notre kyrielle de soutanes ne passait pas inaperçue. Dès qu’un jeune nous voyait, il donnait l’alerte et une bande
goguenarde montait jusqu’à la route. Les quolibets, les couacs fusaient. On nous traitait de tous les noms d’oiseau. Plusieurs parmi nous bouillaient d’en venir aux mains (pas moi, j’étais trop peureux).
Mais la consigne était stricte : ne rien dire, baisser les yeux et accélérer la marche ».
Des travaux ont été alors entrepris, et de généreux donateurs du quartier ont contribué à la fabrication et à l’installation de la cloche, de la statue, de l’autel, des logements, du mobilier
L’église a été ouverte au culte en 1960 et consacrée en 1961, comme une annexe de la Madeleine.
Baptisée » Saint Jean Marie Vianney « , le Curé d’Ars (1786-1859), canonisé en tant que » Patron de tous les curés du monde « .
D’après Paul Chovelon « la paroisse qui a toujours refusé d’exclure de la vie de l’Église les marginalisés, est ouverte à tous les vents et attentive aux souffles de l’Esprit. La communauté est constituée de milieux très variés , d’options diverses et de sensibilités différentes, mais où tous sont fraternellement unis dans une même foi et une même espérance. C’est l’un des traits les plus remarquables de cette paroisse de choc ».
C’est aussi dans ce même esprit que la paroisse offre le deuxième dimanche de tous les mois un repas à tout habitant du quartier sans réservation et discrimination dans le cadre de son opération: TOP : table ouverte paroissiale
Les photos nous montrent que l’allure générale intérieure a été conservée avec ses 2 travées surélevées sur les côtés, ainsi que les façades extérieures très reconnaissables.
La fontaine sur l’avenue Fontenaille (eau potable) a été restaurée en 1995 grâce aux efforts de Madame Cauvin**, du CAP***, de la Mairie et de l’ARPA**** elle connaît toujours un franc succès de la part des cyclistes et randonneurs.
Quel destin étonnant pour ce lieu familier du quartier !
Notes
* Jitterbug = danses swing **Simone Cauvin, habitante du quartier et fervente défenseure du patrimoine. ***Comité d’Animation et de Promotion du quartier. ****Association pour la Restauration et Sauvegarde du Patrimoine à Aix.




C’est génial de pouvoir découvrir l’histoire de notre quartier comme cela ! Merci et bravo !